Les manuscrits mis au jour en 2021 ont confirmé l'importance aux yeux de Céline de sa « légende gaéliqne... mi-rime mi-prose », récit de la guerre menée par le Roi Krogold contre le prince félon Gwendor, du meurtre du procureur Morvan par le trouvère Thibaut et de la passion de Joad pour la belle Wanda - et dont les épisodes principaux se déroulent entre Bretagne et Scandinavie, dans un décor de « Moyen Age d'opéra ». L'écrivain, faute d'avoir pu la publier, en inséra le récit fragmenté et parfois halluciné dans Mort à crédit (1936), ainsi que dans Guerre et dans Londres. Mais il continua ensuite d'y travailler, sans toutefois parvenir à y mettre un point final. Céline restera dépité du peu de considération dans laquelle on tenait sa manière « épique et bardique », laquelle avait donné lieu à cette mythologie portative, « lyrique et ironique », qui ne renfermait pas moins de sens à ses yeux que ses écrits d'inspiration romanesque. Car ces histoires hautes en couleur sont écrites pour frapper les esprits et toucher les coeurs ; elles accompagnent la méditation de l'écrivain sur l'existence et la mort, le corps et l'âme, ainsi que sur les pouvoirs ambigus du poète à l'égard de la finitude humaine. La présente édition réunit les deux seules versions connues à ce jour de la légende, inédites et inégalement inachevées : l'une datant de la première moitié des années 1930, La Légende du Roi René ; l'autre, La Volonté du Roi Krogold, écrite en 1939 et 1940.
L'avis de Famille Chrétienne : 4,5/5
"Et de trois ! Après Guerre et Londres, Gallimard termine l’édition des manuscrits inédits de Louis‑Ferdinand Céline, retrouvés de façon rocambolesques en 2019. La Volonté du Roi Krogold est un peu à part dans l’œuvre de l’auteur, même s’il y a fait souvent référence. Cette pseudo‑légende médiévale, écrite comme si Jacquouille la Fripouille avait rencontré Audiard, était un chaînon manquant dans la production de Céline. C’est une œuvre véritablement achevée, contrairement aux deux autres retrouvées, qui n’étaient que des brouil‑ lons. Elle reste néanmoins difficile d’accès, malgré des moments valant le détour, comme un magnifique dialogue entre la Mort et un mourant… À noter : la réédition de deux volumes de la Pléiade, intégrant l’ensemble des découvertes récentes."
314 pages.